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A Niort, le dragon serpente toujours dans l’imaginaire 23/08/2014 05:38

Rue Ricard, Agnès Brillatz a aussi droit à de superbes dessins de dragons par les enfants. - Rue Ricard, Agnès Brillatz a aussi droit à de superbes dessins de dragons par les enfants.Rue Ricard, Agnès Brillatz a aussi droit à de superbes dessins de dragons par les enfants.

 Rue Ricard, Agnès Brillatz a aussi droit à de superbes dessins de dragons par les enfants.

Une vraie pierre tombale l’atteste : le dragon de Niort a réellement existé. Bon, d’accord, si on ne peut pas tout croire, on a le droit de rêver encore cet été.

Niort, an de grâce 1692. Aux confins des marais d’Aunis qui lèchent encore la ville et aident la Sèvre à sortir plus qu’à son tour de son lit, vivent de drôles de bestioles. Pendant trois mois, le « Serpe », sème la terreur. Ce serpent géant, ailé, a très faim quand il ne vole pas sous la lune pour aller siffler dans les hautes galeries de Notre-Dame : il mange femmes, enfants et hommes des faubourgs. C’est l’heure de jouer les héros pour Jacobus Allonneau – Jacques ou Jacob pour la postérité – soldat condamné à mort pour désertion. Dans le repère souterrain béant de la place Saint-Jean, il s’en va défier la bête dans l’espoir de décrocher sa grâce. Le combat sent l’hémoglobine : sous son armure, le soldat bondit et plonge son poignard dans la gorge du dragon. Le sang gicle et la longue queue du serpent ailé va bientôt arrêter ses convulsions. Mais il faut se méfier des excès de confiance ou du relâchement coupable : lorsqu’il ôte son casque pour admirer son monstre terrassé, le héros a droit au baroud d’honneur de la bête. D’un ultime coup de gueule, le dragon lui porte une morsure fatale au visage. Les Niortais verront défiler les deux dépouilles sur des charrettes en ville. On les inhumera sous une même pierre dont il subsiste encore le toit aujourd’hui.

Protestants et catholiques dos à dos

Voici, en substance, la légende du dragon de Niort qui, au passage, réunit terre, eau et air. Pimentée à la sauce des guerres de religion, elle enfantera d’un chevalier, qui aurait déjà combattu ce dragon dès 1589, année de la peste et de la vengeance protestante à Niort. Guillaume de Beauchamp, luttant face à l’hérésie et au mal incarnés par le dragon, nul besoin de dessin qui renvoie protestants et catholiques dos à dos.
On retrouve souvent Agnès Brillatz, guide-conférencière indépendante à Niort*, près des dragons de bronze érigés en 1992 par l’architecte Jacques Hondelatte, en ville. Devant les monstres qui serpentent sous le bitume, cette Marseillaise arrivée à Niort voici 25 ans, fait revivre la double-histoire. « Quand je reçois des groupes d’enfants avec leurs parents, je rencontre des parents niortais qui ne connaissent pas la légende », confie l’ex-institutrice, maîtrises de sciences et techniques (1984) et d’histoire de l’art (2003) en poche.

A quelques kilomètres de « La Grande Goule » de Poitiers, « ce qui est assez rare et extraordinaire, dans cette légende niort, c’est que de voir la bête légendaire et le héros morts en même temps », admire Agnès Brillatz. Qu’il figure le dragon des sanguinaires dragonnades de Louis XIV ou l’emblème d’un chevalier, voire le mythique dragon nordique revisité sachant que les drakkars des Vikings se sont aventurés jusqu’à notre Sèvre niortaise au IXe siècle, le dragon de Niort reste toujours aussi fantastique à rencontrer.

Sébastien Acker, Nouvelle République, Niort.

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